Un inconnu pour moi...

Publié le par Anatole13 - Valérie

Je devrais (peut-être?) avoir honte? mais je ne connaissais pas ce monsieur....

Entendu à la radio en ce début d'après midi, Charles Dantzig, interviewé à l'occasion de la sortie de son "Dictionnaire égoïste de la littérature française"... probablement une de mes prochaines lectures...

J'ai particulièrement aimé sa "définition" de la littérature: je cite de mémoire:

"il ne faut pas chercher une utilité à la littérature, elle ne sert surtout pas à établir une morale, elle n'a pas de rôle pédagogique...la littérature, c'est de la danse....ce qui compte, c'est la cadence, le rythme des mots...."

Petit extrait de son Dictionnaire:  

 A

Action - Adjectifs, adverbes - Admirateurs - Adolphe - Age des écrits - Age des lectures - Age plaqué or (L') - Air d'époque - A la recherche du temps perdu - Alembert (d') - Allégorie, apologue, déclamation - Ame - Amers et grincheux - Amour - Anciens et Modernes - Antériorité - Antimémoires - Apollinaire - Approximation - A quoi ressemblaient-ils ? - Aragon - Argent et fiction - Attachées de presse - Aubigné (d') - Auteurs - Aymé.

ACTION : Et me voici, dans le fauteuil sur le dossier duquel mon nom est inscrit, un porte-voix au bout de ce bras qui pend avec nonchalance, regardant l'infanterie des écrivains qui discute, rit, fume, déambule en attendant la première prise. Je la lancerai par ce mot désignant une chose bien légère, mais enfin cela variera notre superproduction. Je crois que je vais les prendre comme ça, sur le vif, marcheurs, aimables. Action !



ADJECTIFS, ADVERBES : Clemenceau passe pour avoir dit aux journalistes de L'Aurore, qu'il dirigeait : " Faites des phrases en sujet, verbe et complément ; pour les adjectifs et les adverbes, venez me voir. " Pour certains, cette parole est devenue une règle. Claudel : " La crainte de l'adjectif est le commencement du style " (Journal).
Il est certain que l'utilisation la plus fine du français consiste à choisir un verbe qui contienne le qualificatif. Le français, si l'on peut raccourcir à ce point, est une langue de verbes. J'ajoute aussitôt qu'il en possède moins que d'autres langues, l'anglais par exemple, qui dispose d'au moins trois verbes pour l'action que nous exprimons par le seul mot " glisser " : " slip ", " skid ", " glide ". L'écrivain français qui veut inventer des verbes imagés doit le faire en transportant une comparaison d'un domaine dans un autre. Plutôt que de dire : " Ses protecteurs nommèrent Dubois précepteur d'une façon inattendue et éclatante ", Saint-Simon, dans ses Mémoires, écrit : " Ses protecteurs se servirent du progrès du jeune prince pour ne le point changer de main et laisser faire Dubois ; enfin ils le bombardèrent précepteur. " Une défectuosité de l'outil engendre la virtuosité de l'ouvrier.
Quand on ajoute un adjectif ou un adverbe, c'est, pense-t-on, pour renforcer l'expression. " Nous avons les noms des trente-deux légions qui faisaient les principales forces de l'Empire romain ; assurément la légion thébaine ne s'y trouve pas. " Or, tout au contraire de ce que l'auteur voulait, son " assurément " introduit un doute. Ou la légion y est, ou elle n'y est pas. Son adverbe supposé renforcer affaiblit. La phrase serait plus forte (et plus nette) comme ceci : " Nous avons les noms des trente-deux légions qui faisaient les principales forces de l'Empire romain ; la légion thébaine ne s'y trouve pas. " Je prends cet exemple à l'un des écrivains français qui écrit généralement sans un mot de trop : Voltaire, dans le Traité sur la tolérance.

 

 

 




Publié dans Besace à livres

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hélÚne 22/10/2005 22:38

Le grand Charles...à écouter tous les lundis sur france inter vers 9 h 45, dans la superbe émission de rebecca Manzoni, eclectik !

veronique 01/10/2005 17:37

J'ai écouté la même émission .... je ne connaissais pas non plus ce monsieur